Le pardon, pour qui, vraiment ?


« Pardonner, c’est libérer un prisonnier et découvrir que ce prisonnier, c’était vous. » Nelson Mandela

Pardonner : une injonction morale ou un choix de liberté ?

Le pardon est l’un de ces mots qui semblent lumineux de loin et brûlants de près. Dans l’accompagnement, il surgit souvent chargé de malentendus : injonction morale, passage obligé vers la paix, faiblesse déguisée en vertu. La logothérapie nous invite pourtant à déplacer la question : non pas dois-je pardonner, mais quel sens puis-je donner à ce que j’ai vécu ? Le pardon n’est alors ni une amnésie ni une réconciliation forcée, encore moins une négation de la blessure. Il devient un acte de liberté intérieure, un choix existentiel.

Olivier Clerc insiste sur ce point : pardonner, ce n’est pas excuser, c’est cesser de se laisser définir par l’offense. Le tort reste le tort, la responsabilité demeure, mais la personne blessée se réapproprie sa vie psychique.
Fred Luskin, à partir de ses travaux sur la santé émotionnelle, montre combien le ressentiment maintient le corps et l’esprit dans un état de stress chronique. Le pardon, lui, n’efface pas le passé, mais il transforme la relation que nous entretenons avec lui. Dans cette perspective, la logothérapie éclaire le pardon comme une réponse possible à la souffrance : même lorsque les événements sont immuables, l’attitude que nous adoptons reste un espace de liberté. Comme l’écrivait Viktor Frankl, l’être humain peut toujours choisir son attitude face à ce qui lui arrive. Le pardon devient alors une orientation vers le sens, non un devoir moral, mais une option intérieure qui redonne de la dignité à celui ou celle qui a souffert.

Le pardon comme chemin de sens et de responsabilité intérieure

Desmond Tutu parlait du pardon comme d’un acte profondément réaliste, presque politique : sans lui, disait-il, nous restons prisonniers d’un passé qui continue de nous faire violence. Il ne s’agit pas de nier l’injustice, mais d’empêcher qu’elle se prolonge indéfiniment à l’intérieur de nous.

Colin Tipping, quant à lui, propose une lecture plus spirituelle : le pardon serait un changement de perception, une manière de voir autrement l’événement et les protagonistes, afin de se libérer de la charge émotionnelle qui y est attachée.

Ces approches convergent avec la logothérapie sur un point essentiel : le pardon n’est pas centré sur l’autre, mais sur la responsabilité que j’ai de ma propre vie intérieure. Pardonner ne signifie pas reprendre contact, ni renoncer à poser des limites, ni absoudre. Cela signifie refuser que la blessure devienne le centre organisateur de mon existence. Dans le travail thérapeutique, le pardon ne peut être ni précipité ni prescrit. Il mûrit, parfois longtemps, au rythme de la reconnaissance de la souffrance, de la colère légitime, du deuil de ce qui n’a pas été. Lorsqu’il advient, il ressemble moins à un grand geste héroïque qu’à un soulagement intérieur : quelque chose se desserre, l’énergie jusque-là immobilisée se remet à circuler, le futur redevient pensable. Le pardon, dans cette optique, n’est pas une fin en soi, mais un possible chemin vers plus de cohérence, de paix et de sens. Il ne rend pas le passé acceptable, il rend l’avenir habitable.

Le pardon comme geste de soin intérieur

Quand on se coupe profondément le doigt, on ne se contente pas de regarder le sang couler en disant que « le temps fera son œuvre ». On nettoie la plaie, on désinfecte, on pose parfois quelques points de suture. Ce soin peut faire mal, mais il évite l’infection.

Les blessures du cœur, en revanche, sont souvent laissées ouvertes. Par fidélité à la souffrance ou par refus de lâcher l’offense, on les laisse suppurer intérieurement. Le pardon, dans cette perspective, n’est pas une excuse accordée à l’autre, mais un soin que l’on s’offre à soi-même : une manière de permettre à la blessure de cicatriser plutôt que de s’aggraver silencieusement.

« Le pardon est le parfum que la violette laisse
sur le talon qui l’a écrasée.» Marc Twain


Lire les commentaires (0)

Articles similaires


Soyez le premier à réagir

Ne sera pas publié

Envoyé !

Derniers articles

Le pardon, pour qui, vraiment ?

06 Fév 2026

« Pardonner, c’est libérer un prisonnier et découvrir que ce pris...

L’inconscient est-il un chaos à maîtriser… ou un secret de sens à accueillir ?

09 Jan 2026

« L’essentiel se vit plus qu’il ne se comprend. » Viktor Frankl

Quel sens à l’innocence vs la fête de Noël ?

13 Déc 2025

L’innocence n’est pas un état à retrouver, mais une source à reconnaître. 

Catégories

Création et référencement du site par Simplébo Simplébo   |   Site partenaire de Annuaire Thérapeutes

Connexion