Danger de Joie Imprenable* !
Mes p’tits amis, la situation devient sérieuse : je commence à trouver l’existence formidable !
Mes p’tits amis, je vous appelle au secours, je suis en danger. Mes p’tits amis, ne me quittez pas, venez près de moi : je vis une rude épreuve, je suis en danger de Joie Imprenable. Une Joie profonde. Sereine. Rien à voir avec l’excitation.
Cela a commencé ce matin, lors de ma promenade matinale, un gros bouquet de joie m’est tombé dessus, tendrement. Mon dieu que c’est bon ! A mon retour, je me suis préparé un café. Vous rendez-vous compte : du café ! Tout ce circuit depuis les grains de caféier, jusqu’à ma tasse qui fait que j’ai là, à ma disposition, du café des tropiques pour mon petit déjeuner. Et l’eau ! Je suis allée au robinet de la cuisine et l’eau filtrée coulait ! Moi, je songeais à mes grands-parents, nés fin 19ème début 20ème, allaient chercher l’eau au puits.
Maintenant, voilà la suite de ma journée. C’est simple : j’ai bien œuvré au cabinet et en visio, travailler ne fait plus partie de ma réalité. J’aime mon métier. Je vis de ma passion. Une belle réalisation de femme, utile et plaisante.
J’ai aussi bien vécu le reste du temps : un peu de danse fluide, un peu d’écriture. Quelques mails professionnels. Quelques SMS aux amis, à la famille – c’est le jour anniversaire d’une toute proche. Bénie soit-elle. Quelques écoutes de podcast et lectures bien choisies. Des apprentissages encore et toujours. J’adore. Plusieurs rituels. Sourire. Une simple journée. Une journée simple. C’est ma contribution au monde.
En fait, même si je sais pester, je n‘arrête pas de m’émerveiller. Hier par exemple, je suis allée rencontrer ma dernière petite fille, née cet été. Il viennent d’emménager. J’y suis arrivée en voiture, quelle merveille cet engin qui me permet de monter à 135 kms sur autoroute. Et le GPS. Vous rendez-vous compte des ingéniosités qu’il faut pour que ces trucs là fonctionnent ? Mais le clou du « pestacle », comme disent les enfants, c’est la vie qui surgit avec ce petit être, une vie toute neuve, celle d’une petite fille. Que de Beauté. D’émerveillement. Je suis émue...
Je vais bien mes p’tits amis et je me demande s’il n’y a pas une épidémie de bonne humeur. Je mange bien, je dors bien, je suis en bonne santé. En dépit de quelques petits réglages en cours. C’est fou, plus je vieillis, plus je vais bien.
Vous allez me dire : mais comment peux-tu être heureuse ? Ne vois-tu pas que le monde gémit, s’effondre et souffre de toute part ? N’as-tu pas entendu parler de l’Iran, la dernière guerre en date, l’affaire Epstein, des élections et de tout le reste … ?
Alors là doooouuucement les p’tits amis ! Je vous le demande solennellement : est-ce que ce monde tragique irait mieux si j’étais abattue ?
« Oui, heureuse dans ton petit coin -me direz-vous encore, avec ton petit confort, ta petite lucarne et tes infos ! » Mais vous n’y êtes pas du tout ! Je n’ai plus de télé depuis 45 ans. Je fais ce que je peux pour le monde, dans la terre qui m’accueille. La France. [Petite aparté, si vous ne l’avez déjà vu, je vous conseille le film « La bataille de Gaulle » en ce moment au cinéma]. Je suis dans le monde, mais pas de ce monde. Je me tiens à ma place. Présente. Je rends service quand c’est possible. Et surtout, je peaufine mon intention quotidienne et je mets de l’attention à chaque détail. Ce n’est pas assez ? Peut-être. J’écoute la forêt pousser, comme l’action de Kyria, plutôt que les arbres tomber. J’admire aussi toutes celles et ceux qui font leur boulot à la place qui est la leur, les êtres au service et de bonne volonté – mais oui, il y en a plein !
Mais, me direz-vous enfin, n’es-tu pas triste de ce qui se passe ? N’as-tu pas peur ? N’es-tu pas en rage contre les actes de ces fous qui détruisent la vie des gens tranquilles, contre les actes de ces inconséquents qui polluent et les actes de ces envieux qui ne pensent qu’au « toujours plus », qui n’en ont « jamais assez », sans aucune considération pour leur prochain ? Pire, parfois avec une volonté jouissive de nuire ?
Oui, je suis triste ! Oui, je peux être très en colère au sujet de la méchanceté et de la bêtise. Et c’est vrai qu’il m’arrive aussi d’avoir peur. Mais je ne vais tout de même pas bousiller mon bonheur, ma joie, à cause de comportements de tordus, à cause du mal agissant... Non, je vais même pousser la chansonnette jusqu’à les remercier, car cela me permet de grandir. L’effet Miroir !
Et je sais aussi qu’on peut être heureux en ayant peur, en étant triste ou en colère...
Ah, mes p’tits amis, je vous le partage et c’est pour cela que je vous appelle au secours : je suis surtout heureuse parce que je suis vivante, pleine de cicatrices et de bosses mais bien vivante. Et je sais aussi que mon existence est fragile. Alors, s’il vous plaît, un coup de pouce ! Prenez soin de ma joie imprenable comme on prend soin d’une jolie fleur, prenez-en soin pour être heureux à votre tour, pour que vous puissiez vous aussi écrire : « au secours, mes p’tits amis, je suis en danger de joie imprenable ! » La JOIE est la seule émotion qu’on ne peut refouler. Elle déborde de toute part. Il n’y a rien de plus contagieux que la Joie !
« La vie n'est pas un problème à résoudre,
mais une réalité à expérimenter. » Soren Kierkegaard
*Avec l’aimable inspiration et autorisation de F. Delivré


