Une nouvelle r-évolution ?

"Mon coeur sait déjà qu'un monde plus Beau est possible"

Charles Eisenstein

Plongeons directement dans l'Allégorie de la Grenouille

 

"Il y eut un matin où les grenouilles décidèrent de gravir une tour si haute qu'elle semblait toucher le ciel.

Autour d'elles, une foule s'était rassemblée. On venait moins pour assister à un exploit que pour voir échouer un rêve. Déjà les visages exprimaient cette fatigue des hommes devant l'impossible.

« Pourquoi s'obstiner ? » murmurait-on. « Nul n'atteint de telles hauteurs. »

Et la course commença.

Les grenouilles s'élancèrent avec l'ardeur des commencements. Mais les voix montaient de la foule comme un vent contraire :

« C'est inutile ! Revenez ! Épargnez-vous cette peine ! »

Une à une, elles ralentirent. Le doute entra dans leur cœur comme une eau froide. Elles regardèrent la tour, puis regardèrent la foule, et finirent par croire davantage aux paroles des autres qu'à leur propre élan.

Toutes renoncèrent.

Toutes, sauf une.

Elle montait encore.

Non qu'elle fût plus forte, ni plus habile, mais quelque chose en elle demeurait tourné vers le sommet, vers cet appel silencieux qui ne se discute pas.

Les cris redoublèrent :

« Tu n'y arriveras jamais ! »

Elle continua.

Et lorsqu'enfin, dans un dernier effort, elle atteignit la cime, un grand silence se fit.

Les autres s'approchèrent d'elle avec étonnement.

« Comment as-tu trouvé la force de persévérer quand nous avions tous abandonné ? »

Alors elles découvrirent son secret :

Elle était sourde." 

Une nouvelle r-évolution ?

Devenir sourd, aujourd’hui, ne signifie pas devenir indifférent au monde. Cela signifie choisir ce qu’on laisse entrer dans son esprit. Cela signifie protéger sa capacité intérieure à discerner. Comme la grenouille, il nous faut parfois ne plus entendre les voix qui découragent, qui divisent, qui excitent les peurs ou qui enferment dans des oppositions stériles.

 

La Révolution française de juillet 1989, que nous fêtons le 14, chaque année, comme tant d’autres révolutions dans l’histoire, portait un rêve immense : liberté, justice, fraternité... Pourtant, combien de révolutions ont fini par dévorer leurs propres enfants ? On renverse un pouvoir, puis un autre surgit. On abat une tyrannie, et la peur revient sous un autre visage. Les morts s’accumulent, parfois davantage encore qu’avant le soulèvement.

Nous pouvons citer les travaux d’Erica Chenoweth et Maria J. Stephan*, chercheuses américaines, qui ont étudié plus de 300 campagnes de résistance et de révolutions entre 1900 et 2006. Elles ont constaté plusieurs choses :

  • Les mouvements non violents ont eu un taux de succès supérieur aux mouvements violents (environ 53 % contre 26 % dans leur étude).

  • Les transitions issues de mouvements non violents avaient davantage de chances de déboucher sur des sociétés plus démocratiques et plus stables.

  • Les révolutions violentes conduisaient plus souvent à des guerres civiles, des régimes autoritaires ou de nouvelles formes de répression.

Une révolution, finalement est un tour complet : un cercle fermé. Une monade !  On croit avancer, mais on revient au point de départ, avec davantage de blessures, davantage de désillusions. L’histoire humaine montre que le changement extérieur ne garantit jamais une transformation intérieure. Les structures tombent plus vite que les consciences n’évoluent.

 

Or notre époque ressemble à une foule au pied de la tour, qui crie sans cesse : catastrophe, menace, peur, colère, urgence, avidité, mensonge. Les médias, les réseaux, les débats permanents deviennent un vacarme incessant. Ils alimentent l’anxiété collective et capturent notre attention jusqu’à nous détourner de l’essentiel : ce qui nous appelle profondément.

 

Évoluer est autre chose que révolutionner. La révolution cherche souvent à contraindre le monde extérieur.

L’évolution commence par transformer sa manière d’habiter le monde, depuis son intériorité.

 

Viktor Frankl donnait un exemple bouleversant. Dans les camps, certains détenus partageaient leur dernier morceau de pain alors qu’ils mouraient eux-mêmes de faim. Extérieurement, ils n’avaient plus aucun pouvoir. Pourtant, intérieurement, ils restaient libres de choisir leur attitude. Frankl en tira cette conviction : on peut tout enlever à un être humain sauf une chose, la liberté ultime de choisir le sens de sa réponse face aux circonstances.

 

Voilà peut-être le véritable acte r-évolutionnaire aujourd’hui : ne plus se laisser aspirer par le bruit collectif. Continuer à cultiver une présence humaine, une bonté concrète, une fidélité à ce qui a du sens. Écouter l’appel discret de sa conscience plutôt que les injonctions permanentes du monde. Que notre évolution soit un petit miracle, comme l’écrit Charles Eisenstein dans son livre « Mon cœur sait qu’un monde plus Beau est possible :

  • quand on s’aligne sur l’intention de servir, les actes que d’autres trouvent courageux deviennent une évidence

  • quand on fait l’expérience que le monde est abondant, les actes de générosités sont naturels, car il ne fait aucun doute que nos besoins seront toujours pourvus

  • quand on voit les autres comme des reflets de soi-même, le pardon à soi devient une seconde nature, car on se rend compte qu’on ne peut plus jeter la pierre

  • quand on est sensible à l’ordre, à la Beauté, à l’interconnexion et au mystère de l’Uni-Vers, une joie profonde s’installe, que rien ne peut ébranler

  • quand on perçoit le temps comme abondant et la vie comme infinie, on développe une patience surhumaine

  • quand on lâche les limitations du réductionnisme, de l’objectivité et du déterminisme, des technologies deviennent possibles auxquelles la science de la Séparation ne peut consentir

  • quand on laisse de côté l’histoire du moi isolé et séparé, d’étonnantes capacités de perception et d’intuition émergent à la surface, après une vie de latence. »

 

Pendant que certains passent leur vie à commenter la « tour », d’autres gravissent silencieusement leur propre montagne intérieure. Ils créent, soignent, aiment, transmettent, réparent. Ils ne changent peut-être pas immédiatement le système, mais ils empêchent l’humanité de sombrer.

 

Pendant que la tronçonneuse abat un arbre, la forêt, silencieuse, pousse !

 

Et si l’avenir dépendait moins des grandes révolutions visibles que de millions de petites évolutions invisibles ?

A nos 4 P. Les Plus Petits Pas Possibles ! Je vous renvoie à l’article sur nos plus grandes peurs…

  • Quelle est ma direction ? Mon évolution souhaitée ? Mon intention ?

  • Écrire dans mon carnet un objectif, réaliste, qui ne dépend que de moi : comme par exemple, augmenter mes pensées qui me construisent

  • Observer

  • Prise de conscience d’une pensée inconfortable : se féliciter de cette prise de conscience, pour que le système de récompense soit nourri

  • Remplacer cette pensée désagréable par une pensée qui fait du bien, choisie librement

  • Faire comme si je suis l’être le plus doué pour produire des pensées constructives, confortables

Une nouvelle r-évolution. Oui !
Grâce à notre évolution intérieure 

* Leur ouvrage le plus connu est le livre Why Civil Resistance Works: The Strategic Logic of Nonviolent Conflict (2011).


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